Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
13 décembre 2008 6 13 /12 /décembre /2008 20:47

Débat : Emploi - Passerelle privé/public

Je fais ici le relais d'un débat actuellement en cours sur le forum AAF (association des archivistes français) sur le thème "Emploi - Passerelle privé/public"

Au début, il y eut cette question fort pertinente :

 

« Bonjour, A travers ce mail, je souhaiterais soulever une problématique particulière : le fait qu'un archiviste s'engage en début de carrière dans une voie privée cela est-il irréversible ? En une phrase est-il possible après 10 ans de carrière dans le privé d'intégrer une structure publique ? Aujourd'hui, je m'interroge vraiment étant confrontée directement. Le souci est que mon cas n'est pas isolé. Merci pour votre retour. »

 

Voici donc cette question majeure remise sur le tapis et je ne peux que remercier son auteur. Question qui avait suscité déjà un vif débat il y a quelques mois, je m’étais alors très franchement exprimé sur ce sujet, ce qui m’avait valu une éviction du forum de l’AAF, mais bon, au risque de voir cette question posée et reposée encore, le mieux est de ne pas cesser de s’exprimer... La pédagogie n’est-elle pas l’art du rabâchage…

 

Quel est donc la problématique sur cette question ?

 

Tout le problème réside dans le fait que le système du concours constitue un frein et ne correspond plus aux exigences de notre temps, ni à l’évolution de notre société, là où désormais il est demandé aux individus dans leur vie professionnelle d’être réactif, efficace, d’avoir un esprit d’entreprise, une conscience professionnelle et pour les agents des services publics posséder également un sens de l’intérêt général et de prôner les valeurs du service public.

 

Deux raisons sont à distinguer : d’une part en terme de motivation des agents et d’autre part en terme de réactivité et de qualité dans le recrutement de compétence qui rejoint la question posée par notre collègue :

 

Sur le premier point, il me souvient d’une réflexion sous forme de question posée par un conservateur du patrimoine après un échange vif mais cordial sur le forum de l’AAF ?

"Trouvez-vous effectivement normal de travailler pendant des années pour obtenir diplômes et concours, pour ensuite être aussi mal payé et disposer d'aussi peu de moyens et de reconnaissance dans son travail ?"

Nous y arrivons enfin, la vraie question a été posée...... C'est dire, de ce qu'est devenue toute la perversité de ce système des concours. Ainsi, comment peut on espérer obtenir : motivation, réactivité et efficacité de la part d'agents qui estiment ne pas mériter la situation dans laquelle ils se trouvent, ce sentiment de travailler pour une institution qui ne donne pas de moyen, qui ne laisse pas beaucoup de place à l'initiative personnelle et qui ne sait pas reconnaître le mérite de ceux qui s'y investissent. Tant de travail et d’effort pour décrocher diplôme et surtout le concours pour s’apercevoir que l’institution pour laquelle on exerce ne reconnaît aucun mérite, ni la valeur de ses agents. C’est bien le signe que nous avons atteint là, les limites de ce système car il est devenu contraire aux aspirations de chacun dont l’objectif est de se réaliser dans son métier. Il est devenu contraire au développement même de l'esprit humain. J'ai passé un peu plus de 10 années dans la fonction publique, il m'a fallu longtemps pour comprendre cela. Ainsi, vaille que vaille, on choisira sans aucun doute d’abandonner ses aspirations et ses projets personnelles ou professionnelles au profit de la conservation d’un statut qui quoiqu’il arrive, assurera une rémunération jusqu’à la fin de sa vie. De là naît dans l’inconscient collectif, la recherche d’un modèle de vie celui du fonctionnaire au statut qui protège et rassure, mais qui s’inscrit dans une routine caractérisée par une peur du changement. Un modèle de vie qui a également appris à se méfier du secteur privé car il est plus exigent, jugé parfois infréquentable et surtout considéré comme étant contraire à ses propres valeurs.

 

Le second point révèle comment le système des concours est devenu une réelle contrainte en terme de recrutement de compétence.

 

La fonction publique en générale et à fortiori l’administration des archives, doit s’extraire d’une de ses principales contraintes en terme de recrutement de compétence, celles d’accueillir en son sein des agents qui ne sont pas des professionnels des archives et sous le seul prétexte qu’ils possèdent un concours, il s’agit là d’agent tout venant dont la motivation laisse trop souvent à désirer, sans parler des personnels affectés aux archives par mesure disciplinaire car inemployable ailleurs, ou qui demandent une affection aux archives pour se mettre à l’ombre. Et quoi que vous puissiez en dire, ceci n’est pas une caricature…

 

Le rapport du 20 février 2008 du conseil supérieur de la fonction publique territoriale relatif à la réforme de la filière culturelle (http://www.csfpt.org/fr/travaux/contenu.php?id=157) donne des éléments de réflexion en terme d’organisation permettant d’assurer au regard des processus de recrutement une certaine réactivité et une certaine qualité en terme d’adéquation entre les compétences des individus au regard des profils recherchés. Nous serions sans doute sur la bonne voie, si ce rapport eut fait état d’une ouverture nécessaire vers le secteur privé.

Cette réforme de la filière culturelle s’effectue dans un périmètre qui se cantonne à elle-même, nous sommes dans la case - secteur public - sans en sortir. Ainsi, en terme de recrutement, je ne vois pas d’éléments de réflexion ou perspectives données au regard du besoin nécessaire d’une ouverture vers le secteur privé. Une membrane imperméable se trouve encore officiellement érigée entre ces deux mondes.

Or, pour répondre complètement et concrètement à cette adéquation nécessaire entre la compétence des individus au regard des profils recherchés, cette réforme pourrait être complétée et parachevée, en émettant des propositions et des éléments de réflexion qui permettent de sortir d’elle-même, en considérant qu’une partie du vivier qui se trouve résider dans le secteur privé est un vivier intéressant, nécessaire, en terme de compétence propre à satisfaire des besoins.

En obligeant ce vivier à acquérir systématiquement un passeport d’entrée dans la fonction publique. Il est ajouté une contrainte supplémentaire propre à cloisonner le recrutement et à réduire la mobilité nécessaire d’un secteur vers l’autre. Cette mobilité public/privé est propre à développer et accroître le niveau de compétence de chacun, phénomène qui correspond également au souhait de chaque individu d’assurer pour soi-même un déroulement de carrière professionnel accompli et réalisé.

Je me suis toujours demandé à quoi servait réellement ce « sas » appelé « concours » par le franchissement duquel les individus seraient revêtus d’une onction qui leur procurerait toute vertu, respectant ainsi, la main sur le cœur, l’intérêt général et toutes les valeurs du service public. Alors je pose la question : As-t-on encore besoin de passer par ce « sas » obligé pour investir sa fonction ? Ne sommes nous pas arrivé à un stade de développement de l’esprit humain caractérisé par la responsabilité individuelle, permettant de prendre conscience seul, à partir du moment ou l’on s’engage dans une voie de respecter celle-ci et les valeurs qu’elle prône et/ou pourquoi pas, aidé par une sensibilisation intensive et accrue au gré de formations initiales et/ou répétées au cours de la carrière, et/ou réitérées à chaque passage d’un secteur vers un autre. Et pour s’assurer de la bonne réalisation des politiques publiques, mettre en œuvre des gardes fous reposant sur la responsabilité individuelle identifiée au regard du poste que l’on occupe et l’évaluation de l’action des agents au regard de l’emploi occupé. Cette évaluation sera effectuée par le biais de moyens déclinés (vision, mission, objectifs, résultats analysés objectivement). Par ailleurs, s‘agissant d’évaluer et de faire évoluer un organisme dans son ensemble, renforcer l’audit interne et externe, le management de la qualité, le dialogue de gestion. Dans ce cadre, je pose la question : Quelles sont les directions des archives départementales qui mettent en œuvre un système de management de la qualité, ou qui pratiquent l’audit interne ou externe ? Quels directeurs de service d’archives possèdent un tableau de bord de gestion ?

Alors vous allez me dire : « Et l’égalité d’accès à l’emploi ». L’accès à un emploi ne doit se faire que par le biais des seuls critères de compétence et d’expérience professionnelle permettant de révéler la valeur intrinsèque des candidats, analysée et évaluée collégialement et objectivement au regard du profil élaboré pour tenir l’emploi à pourvoir. Ce mode d’évaluation constitue de fait un choix objectif et égalitaire s’agissant d’une analyse et d’une considération des profils de chaque candidat sur un même plan et sous un même angle au regard du référentiel caractérisé par le profil d’emploi défini au départ (profil de poste). Je conçois que ce moment charnière du processus de recrutement doit être accompagné de toutes les précautions nécessaires, et dont il faudra laisser aux professionnels des RH le soin d’en délimiter les contours,  s’agissant de se préserver de dérives allant de la discrimination en passant par le choix partisan de tel ou tel, en dehors de critères objectifs entrant dans l’élaboration du profil de poste correspondant à l’emploi.

Les solutions possibles pourraient être les suivantes :

-une validation systématique du référentiel (profil de poste) au niveau de subsidiarité adéquat avant la diffusion de l’annonce de recrutement.

- une évaluation systématique et a posteriori du processus de recrutement par des instances indépendantes nommément désignées et pourquoi pas, appartenant à un autre domaine d’activité, chargées d’analyser la procédure au regard des dérives possibles (discrimination, choix partisan).

 

L’intégration dans la fonction publique des forces vives issues du secteur privé repose sur des contraintes et des barrières qui ne sont plus justifiées, favorisant ainsi une frange du vivier qui certes possède un concours mais pas forcément les compétences requises. Ainsi ces compétences venues du secteur privé doivent être intégrées sans contraintes, ni barrière, elles doivent être considérées comme une alliée précieuse permettant à l’administration des archives de se doter de collaborateur de valeur dont la présence permettra sans doute de redynamiser certains agents titulaires en poste dont la motivation se serait estompée. La mise en œuvre d’un tel processus libéré de la contrainte du concours doit être la preuve qu’une collaboration saine, fructueuse et décomplexée, est capable de s’instaurer dans notre profession, entre le secteur public et le secteur privé, là où l’un doit être riche des enseignements de l’autre.

 

Le défi à relever est immense car il s’attaque à des mentalités et des attitudes à changer en profondeur. Mais je dirai simplement que les tours de Babel ne résistent jamais, encore moins les châteaux et les villages d’irréductibles gaulois. Le sanctuaire finira par tomber, le processus de réforme en cours de la fonction publique aboutira certainement jusqu’à son terme, et sous les à-coups d’une nature humaine qui, quand bien même, reste lucide et responsable et qui sans état d’âme, n’hésitera pas à demander l’accélération des réformes d’un système qui va désormais à l’encontre de son développement.

 

Enfin pour rassurer notre collègue, il me semble que ni vos compétences et ni votre expérience ne doivent être remises en cause. Vous êtes simplement victime d’un système à bout de souffle et prisonnier de ses contraintes, ou l’on préfèrera recruter un agent titulaire dont les compétences en archivistique seront très moyenne mais sous le seul prétexte qu’il possède un concours. Dura lex, sed lex….

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Eric MICAELLI
commenter cet article

commentaires