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23 juillet 2009 4 23 /07 /juillet /2009 17:33


LE PETIT MONDE DES ARCHIVES FACE A LA REVISION GENERALE DES POLITIQUES PUBLIQUES (RGPP), OU LA FIN ANNONCEE DE LA DIRECTION DES ARCHIVES DE FRANCE (DAF)


Certains archivistes auraient pu croire que notre petit monde tel un sanctuaire serait épargné par la RGPP, loin s’en faut, cette réforme vient bousculer le mammouth, elle est propre à faire évoluer les mentalités, elle permet de se remettre en cause et de balayer tant de fausses certitudes sur nous même, de ce point de vue cette réforme est salvatrice.

 

Nous avons pu lire certaines envolées lyriques, sous le coup de l'émotion, notamment sous la plume de l’association des archivistes français (AAF) (http://www.archivistes.org/breve.php3?id_breve=136))

Il ne s’agissait là que d’une défense qui s'inscrit dans le cadre de la préservation traditionnelle d'un certain conservatisme face à la réforme nécessaire. Est-il inscrit quelque part dans la révision générale des politiques publiques (RGPP) qu'il sera mis fin à notre métier d’archiviste, à notre travail, à notre influence, à notre réseau, à notre rôle et de celui des archives au regard de la société et du respect des valeurs de démocratie, de transparence et d'ouverture.  Il me semble qu’ici l’argumentaire sert a masquer autre chose. L’enjeu est clair, il s’agit de la préservation d'un certain conservatisme. De quel conservatisme s’agit-il, en substance ? Celui de la préservation d'un statut, celui des conservateurs du patrimoine, la préservation  d'un nombre de poste, la préservation de plan de carrière compromis si la direction des archives de France est mutualisée au sein d’une direction des patrimoines. Cette attitude ne correspond pas à la responsabilité qui devrait être exercée par un corps de fonctionnaire qui tient les rênes de la profession.

 

De quoi sommes-nous capable ? Nous sommes une formidable force de proposition eu égard à notre influence, à notre réseau. Dans ce cadre, la réforme peut aller encore plus loin, nous en avons les moyens. Utilisons cette opportunité en accord avec une volonté affirmée de faire avancer, progresser pour sortir enfin de nos difficultés (un manque de reconnaissance, un manque de moyens chroniques qui met à mal l’exercice de notre cœur de métier (collecte, nouvelles technologies), une mauvaise gestion, un recrutement cloisonné, bridé, verrouillé et une précarité des emplois dans notre métier qui devient la règle.

 

- En premier lieu, le manque de reconnaissance avéré pour un métier qui somme toute est effectivement considéré par le profane comme ingrat et ennuyeux, classer des papiers, souvent dans la poussière et l’obscurité d’une cave ou d’un grenier, jusqu’au jour où le profane confronté a une absence de preuve qui le rend vulnérable, enfin ouvre les yeux et notre force est ici.

Certains archivistes cherchent la raison pour laquelle ils ont du mal à être respectueusement entendu s’agissant de la mise en œuvre des bonnes pratiques d’archivage, de la réglementation en vigueur ? Et dans ce cadre, pourquoi ont-ils du mal à se faire respecter et à acquérir une reconnaissance ?

Un aspect de notre attitude a notamment le don d’agacer nos interlocuteurs : l’application froide de la réglementation sans discernement et sans se poser une seule seconde la question des contraintes qu’une telle application peut poser à son tour, en terme de mobilisation de ressources ou en terme de surcoût pour l’administration elle-même ou dans la mise en œuvre de prestation en surcoût par un prestataire de service. Nous sommes encore dans ce schéma vieillissant « la réglementation dit que ….. alors, elle doit être appliquée coûte que coûte…. ». A croire que certains archivistes ne trouvent leur manière d’exister que dans l’application stricte de la réglementation.

Pour acquérir ce respect, il s’agit bien d’une autre attitude dont il faut faire preuve, celle qui permet de donner à l’administration les leviers nécessaires permettant de résoudre toutes les contraintes majeures que posent la nécessité d’archiver. Ce que recherchent désormais nos interlocuteurs en tant que gestionnaire responsable, c’est d’une part, une expertise qui repose sur une analyse exhaustive de leur contraintes et d’autre part, la capacité de mise en oeuvre de solutions d’archivage crédibles qui reposent sur le respect des contraintes identifiées (contraintes budgétaires, indisponibilité ou insuffisance des moyens et des ressources alloués, bureaux engorgés, espace de stockage indisponible, manque de réactivité dans la recherche et la communication des documents, absence de maîtrise du Knowledge management, etc). Ainsi, ce que l’on demande désormais à un archiviste c’est d’être proche des préoccupations d’un gestionnaire, afin de comprendre ses contraintes pour mettre en œuvre des solutions d’archivage crédibles (voir aussi l’article « L’archiviste du XXIème siècle » sur le blog : http://ericmicaelli.over-blog.com/article-21589468.html).

- En second lieu, le manque de moyen au regard du travail immense à accomplir. Pourquoi devrais-je donner beaucoup de moyens à une activité qui me coûte et qui ne propose pas de solutions d’archivage réactive face à mes contraintes, à quoi me sert ? Diraient le gestionnaire, le responsable ou l’élu.

Mais pour obtenir ces moyens qui parfois nous manquent tant, la seule solution est de montrer que nous sommes capable de faire de la « fonction archives » non plus un centre de coût mais un centre de profit, et pour le secteur public, non plus un mouroir pour fonctionnaire en mal de reconnaissance, mais un lieu ou on sait optimiser ses moyens et ses ressources et enfin montrer aussi que ce métier, peut-être encore l’un des plus vieux, est capable de s’adapter de manière indispensable aux exigences de son temps.

- Si nous analysons cette situation sous l’angle des ressources humaines, de la compétence à acquérir, de l’expérience professionnelle à forger, il me semble qu’encourager le passage du secteur public vers le secteur privé et inversement, au cours de la carrière professionnelle me paraît des plus sains. Car d’une part, les deux secteurs sans distinction ont besoin d’apprendre et de s’enrichir de l’autre. Le secteur privé à besoin de la connaissance scientifique au regard de la pratique du métier des archives et le secteur public a besoin des connaissances au regard des modes de gestion et de management des organisations et des ressources humaines. D’autre part et du point de vue humain, quoi de plus gratifiant qu’une carrière professionnelle riche et diversifiée dans laquelle on se sera réalisé successivement dans l’un et l’autre des deux secteurs.  Cependant, une membrane imperméable se trouve encore officiellement érigée entre ces deux mondes public et privé.
Ces deux mondes s’ignorent, rivalisent, se dénigrent, deux conceptions et deux rythmes de travail s’affrontent. Le régime du concours est la cause de ces maux. Il enferme les individus derrière des statuts protecteurs et/ou prestigieux et il ne répond pas à cette adéquation indispensable entre la compétence des individus au regard des profils recherchés et des emplois tenus. Par ailleurs, en imposant le concours, le secteur public se prive d’une partie du vivier qui se trouve résider dans le secteur privé et qui pourrait répondre à ses besoins en terme de compétence et de profil recherché. Ainsi en l’absence de candidature probante, les postes restent soit vacants, soit pourvus par du personnel non statutaire en contrat précaire ou soit finalement pourvus par un personnel statutaire qui ne dispose pas des compétences recherchées en archivistiques. Et quoi que vous pourriez en dire, ceci n’est pas une caricature !

- Si nous analysons cette situation sous l’angle de l’exercice du cœur de métier  :

Répondre aux contraintes des administrations s’agissant d’assurer pour celles-ci et sans rupture de charge, d’une part, la collecte des archives permettant de désengorger des locaux trop souvent encombrés, et d’autre part, une restitution réactive et à la demande des documents à des fins de consultation. Quelles évidences me direz-vous car cela constitue notre cœur de métier et pourtant ! Combien d’administration, combien de collectivité, combien d’établissement voient leurs locaux encore saturés par de vieux dossiers dont ils ne savent plus quoi faire ? Combien de service d’archives départementales, municipales, etc..  sont confrontés à cette réalité, sans avoir de moyens suffisants pour répondre à ces contraintes majeures ?

 

S’agissant des nouvelles technologies, nous devons être une force d’expertise au profit des services d’archives eux-mêmes, mais aussi des administrations demandeurs. Il faut relever les défis : d’un archivage électronique maîtrisé (sans quoi l’administration deviendrait amnésique !), celui des supports et médias fiables nécessaires au stockage pérenne des données, de la gestion électronique de document (GED), de la numérisation etc… Sur ces sujets en perpétuelles évolutions, qui font désormais partie de notre cœur de métier, les archivistes et l’administration des archives en tête doivent être des leaders.

 

- Si nous analysons cette situation sous l’angle de la gestion propre de nos services :

 

Mettre en place les nouveaux modes de gestion permettant d’optimiser les ressources et des moyens alloués permettant dans ce cadre, de ne plus présenter la fonction archives, aux yeux de nos responsables et de nos élus, comme un centre exclusif de coût, sans une recherche minimale d’optimisation, sans apport substantiel de valeur ajoutée et de gain de productivité pour les services publics eux-mêmes.

Dans ce cadre, je pose la question : Quelles sont les directions des archives départementales qui mettent en œuvre un système contrôle de gestion et de management de la qualité, ou qui pratiquent l’audit interne ou externe ? Quels directeurs de service d’archives possèdent un tableau de bord de gestion ?

 

Vous voyez bien que la tâche est immense, cependant, elle est entravée par certaines mentalités passéistes dures et bien ancrées, une certaine inaction prise dans l’étau d’une inertie immuable du secteur public ou tout est devenu compliqué et enfin par un conservatisme évident. Saurons-nous changer en hommes et femmes responsables soucieux de l’avenir de notre métier et de l’intérêt général ou faudra-t-il attendre quelques années encore l’arrivée aux affaires d’une autre génération plus dynamique ?

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Published by Eric MICAELLI
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commentaires

international business dissertation 04/11/2009 12:56


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