Overblog Tous les blogs Top blogs Associations & ONG
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

"La Bienveillance et l’Amour sont cette flamme qui lorsqu’elle s’enflamme brûle tout de notre obscurité".

Publicité

Le désir selon Arthur Schopenhauer et Baruch Spinoza

Le désir selon Arthur Schopenhauer et Baruch Spinoza

Bonjour,

Je vous propose par ce petit post une lecture synthétique de ce qu’est le désir par le biais de 2 œuvres magnifiques de la Philosophie :
- Arthur Schopenhauer « Le monde comme volonté et comme représentation » - Leipzig, 1819 ;
- Baruch Spinoza « L’Éthique » - 1677.
Ce sont les dualités qui structurent et conduisent la marche du monde, le désir n'échappe pas à cette règle, il oscille entre le pessimisme et l'optimisme de l'Être, dans la manière dont il se sera construit depuis la tendre enfance et la connaissance de soi, c'est-à-dire la connaissance de "Comment je fonctionne".


1) La vision du désir par Arthur Schopenhauer, ou la puissance du pessimisme
Dans son œuvre, Arthur Schopenhauer remet en question la nature même du désir. Sa pensée s’oppose en cela à celle de Baruch SPINOZA. Pour Arthur Schopenhauer, nous n’avons pas cette tendance à croire que nous désirons ce qui est bon pour nous. Pour Schopenhauer, ce n’est pas parce ce que nous jugeons quelque chose bonne pour nous que nous la désirons, mais c’est plutôt parce que nous désirons quelque chose perçue par nos sens, que nous finissons par la trouver bonne ou pas, c’est-à-dire que la chose désirée pourrait aussi être mauvaise pour nous et nous faire beaucoup mal, mais de cela nous ne le percevons pas initialement, car nous l’exprimons dans une méconnaissance de soi, une pulsion instinctive/compulsive non réprimée ou par mimétisme envieux des autres. Schopenhauer voit ainsi dans le désir une forme d’omnipotence négative qui conduit la volonté de l’Être. Lorsque cette volonté est obsessionnelle, elle devient vite tyrannique. Non seulement nous ne choisissons pas les objets de nos désirs, mais ce qui est encore pire, c’est qu’à chaque désir que l’on satisfait, un nouveau désir surgit aussitôt pour prendre la place du premier et ainsi de suite dans une insatisfaction permanente, empreinte d’ennui après chaque désir/plaisir éphémère assouvi. Nous nous trouvons plongé dans une logique d’insatisfaction qui trouve sa vraie racine dans notre propre volonté instinctive, irrationnelle, aveugle. Dans cette mesure, pour Arthur Schopenhauer la logique de la volonté de l’Être dans l’expression de ses désirs est d’une part, un manque, d’autre part, une envie qui devient vite ennui, lorsque le désir/plaisir éphémère est satisfait. Lorsque le désir est envie, manque, insatisfaction, il est alors souffrance. Lorsque le désir est satisfait, il devient vite ennui et il appelle à une nouvelle autre envie et ainsi de suite menant l’Être dans une insatisfaction permanente. Schopenhauer découvre ainsi qu’il y a dans la personnalité de l’Être, une sorte de scission ou de rupture intérieure. D’un côté, nous avons la volonté conduite par nos désirs tout-puissants mais ce sont des désirs aveugles, irrationnels et instinctifs qui ne correspondent pas à la réalité de notre Être. De l’autre nous avons en nous-mêmes la représentation, c’est-à-dire l’Histoire et les récits que nous nous racontons à nous même, pour tenter de justifier ou de rationaliser nos choix issus de nos désirs aveugles, irrationnels et instinctifs, sur lequels nous dit Schopenhauer nous n’avons en définitive aucune prise, sans avoir entamé une démarche de connaissance de soi, c’est-à-dire, la manière dont notre disque dur cérébral a été formaté. C’est ainsi qu’Arthur Schopenhauer a prononcé la citation la plus triste et pessimiste de la Philosophie. « L’Homme est cet Être qui oscille invariablement comme un pendule de droite à gauche entre souffrance et ennui ». L’Être va donc de plaisir éphémère, en plaisir éphémère, entre manque, envie, souffrance, ennui, satisfaction éphémère et insatisfaction permanente. À aucun moment dans l’équation du désir formulée par Arthur Schopenhauer, la conclusion est le bonheur ou la joie permanente et durable.


2) La vision du désir par Baruch Spinoza, ou la puissance de l'optimisme
Baruch Spinoza vient donc ici à notre secours face à ce pessimisme sur la vie. Pour Spinoza : l'Amour est Désir et le Désir est Puissance d'agir lorsque l'Être connait peu ou prou la réalité profonde de son Être. Il y a alors Puissance d'agir car l'Être sait orienter ses désirs et donc ses choix en fonction de sa réalité profonde qu'il a su avec courage et effort, découvrir et comprendre par le fait de découvrir comment son disque dur cérébral a été formaté depuis la tendre enfance et ce que l’individu représente en tant qu'Être dans la marche du monde. Pour Baruch Spinoza : « Le bonheur est une vertu, et non pas sa récompense ». Une perspective qui place le bonheur comme une fin en soi, plutôt que le résultat d’une action vertueuse ou d’un désir/plaisir éphémère.
Baruch Spinoza nous dit : « La joie est le passage de l'Homme d'une moindre à une plus grande Plénitude de soi ». Si le plaisir est éphémère, la joie est durable, pour cela elle doit se manifester à chaque instant dans la profondeur de la réalité de l’Être, lorsque l’Être accède à la compréhension de son soi et à la réalité de la marche du monde dans une compréhension de ce qui est et dans la perception de l’invisible qui se cache derrière le visible, c’est-à-dire les dualités qui structurent et conduisent la marche du monde. La joie s’exprime alors dans des passions joyeuses et une vision optimiste de la marche du monde lorsque que l’Être la découvre et la comprend. La joie devient alors un état d'expansion constant qui augmente la puissance d’agir de l’Être. Dans la pensée de Spinoza, le bonheur et la joie doivent constituer, d’une part, une fin en soi dans la conduite de l’existence de l’Être et d’autre part, une présence considérée comme étant la plus haute et la plus noble à maintenir durablement dans la profondeur de son soi, ici réside la Liberté intérieure de l’Être. La puissance de la joie telle que Spinoza l’envisage doit permettre à l’Être un accès à l’Éthique (la responsabilité), à l’Esthétique (la bienveillance et l’amour) et de les préserver dans la détermination, celle, pour les personnes de bonne volonté, d’un accompagnement des autres vers le bien-être et le bien-vivre mais aussi par la fermeté qui n’est jamais de gaieté de cœur, lorsque l’Éthique (la responsabilité) et l’Esthétique (la bienveillance et l’amour) sont continuellement mise à l’épreuve par les Êtres dépositaires d’un mal-être, d’un mal-vivre et donc dépositaire d'un pessimisme naturel.
Dans cette perspective, Stendhal, nous dit : « La chasse au bonheur est ouverte tous les matins où l'on se lève ». Voici ce que disent les personnes de bonne volonté et les personnes optimistes sur la vie. Le bonheur dépend donc de l’Être lui-même, c’est-à-dire de son état mental, de sa santé mentale et corporelle dans une association indissociablement liée de l’âme et du corps. Le bonheur de l’Être, son bien-être, son bien-vivre individuel et collectif dépend donc de la manière dont il se sera construit, la découverte de la manière dont il fonctionne, de son formatage depuis la tendre enfance, la manière dont il considère son Être dans sa représentation, dans l’estime de soi, et la place qu’il prend dans la marche du monde.


Conclusion
La grande question est donc bien celle de savoir si aujourd’hui au 21ème siècle, il est encore tolérable de s’adonner à ses désirs instinctifs, irrationnels, aveugles, compulsifs, sans savoir les maîtriser, en considération de l’Éthique (la responsabilité) et l’Esthétique (la bienveillance et l’amour) , c’est-à-dire, être capable de juguler et réprimer nos pulsions les plus vilaines (virilité, machisme, racisme, domination, prédation, culture du viol, abus sexuel, achat compulsif, castration du masculin, posséder/avoir pour être, être possédé par ce que l’on possède, etc.). Entre ÊTRE ou AVOIR, il y a souvent un fossé qui polarise notre dualité intérieure. Cette dualité existe véritablement dans la profondeur de notre savoir-être. Il faudra donc recherche au plus profond de soi, la manière dont notre disque dur cérébral a été formaté et découvrir pourquoi nous sommes davantage dans l’AVOIR plutôt que dans l’ÊTRE ou davantage dans l’ÊTRE plutôt que de l’AVOIR.  Entre la philosophie d’Arthur Schopenhauer et celle de Baruch Spinoza, sachons trouver le bon chemin qui nous fera définitivement comprendre ou pas, que si exister est un simple fait instinctif dans une vie absurde empreinte de pessimisme compulsif (AVOIR), vivre peu alors devenir un art (ÊTRE) par une puissance d’agir dans l’Éthique et dans l’Esthétique.
Tout est dit dans cette citation issue de l’Éthique : « L'appétit n'est donc que l'essence même de l'Homme, de laquelle découlent nécessairement toutes les modifications qui servent à sa conservation, de telle sorte que l'Homme est déterminé à les produire. De plus, entre l'appétit et le désir il n'y a aucune différence, si ce n'est que le désir se rapporte la plupart du temps à l'Homme, en tant qu'il a conscience de son appétit ; et c'est pourquoi on le peut définir de la sorte : Le désir, c'est l'appétit avec conscience de lui-même. Il résulte de tout cela que ce qui fonde l'effort, le vouloir, l'appétit, le désir, ce n'est pas qu'on ait jugé qu'une chose extérieure à soi est bonne ; mais, au contraire, on juge qu'une chose extérieure à soi est bonne car elle correspond à notre vraie nature ». « Lorsqu’une chose a de la conformité avec notre nature, elle nous est nécessairement bonne ».
Baruch Spinoza nous dit merveilleusement en conclusion de l’Éthique : « J'ai épuisé tout ce que je m'étais proposé d'expliquer touchant la puissance de l'âme sur ses passions et la liberté de l'Homme. Les principes que j'ai établi font voir clairement l'excellence du sage, les personnes de bonne volonté, optimistes sur la vie et sur les ignorants, les pessimistes et les croyants en les extériorités que l'aveugle passion conduit. Ceux-ci, outre qu'ils sont agités en mille sens divers par les causes extérieures en lesquelles ils croient aveuglément comme des vérités absolues, et ne possèdent jamais la véritable paix de l'âme, vivent dans l'oubli de soi-même, de la Nature et de toutes choses ; et pour eux, cesser de pâtir, c'est cesser d'être. Au contraire, l'âme du sage (personne de bonne volonté) peut à peine être troublée. Possédant par une sorte de nécessité éternelle la conscience de soi-même, de la Nature et des choses, jamais il ne cesse d'être ; et la véritable paix de l'âme, il la possède pour toujours. La voie que j'ai montrée pour atteindre jusque-là paraîtra pénible sans doute, mais il suffit qu'il ne soit pas impossible de la trouver. Et certes, j'avoue qu'un but si rarement atteint doit être bien difficile à poursuivre ; car autrement, comment se pourrait-il faire, si le salut intérieur était si près de nous, s'il pouvait être atteint sans un grand labeur que chacun et chacune doit trouver à l’intérieur de soi, qu'il fût donc ainsi négligé de tout le monde ? Car tout ce qui est beau est aussi difficile que rare. »
Magnifique et génial Baruch Spinoza (1632-1677) qui, au cœur du 17è siècle, avait déjà tout compris de ce qu’est un Être humain, comment il fonctionne et comment il se construit.


Bien à vous, je vous souhaite une très belle journée.

Publicité
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article