"La Bienveillance et l’Amour sont cette flamme qui lorsqu’elle s’enflamme brûle tout de notre obscurité".
25 Janvier 2026
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Simone WEIL ou les besoins de l’âme humaine dans la construction de soi
Magnifique et génial, Simone WEIL dans « L'Enracinement - Prélude à une déclaration des devoirs envers l'Être humain - Gallimard - 1949 », c’est ici non pas un bonheur mais une extase dominicale. Merci cher Frédéric.
Simone WEIL dans « l’Enracinement…. » aborde en particulier, les besoins de l’âme humaine qui, pour elle, vont toujours de paires en correspondance avec nos dualités intérieures, les voici, en particulier :
- Sécurité / Risque ;
- Obéissance / Liberté ;
- Hiérarchie / Égalité ;
- Déracinement de soi-même dans la voie de l’extériorité / Enracinement de soi-même dans la voie de l’intériorité. À noter ici que Simone Weil, mais nous étions en 1943 peu avant son décès, conçoit l’enracinement de l’Être plutôt, dans les vérités absolues, les verticalités patriarcales, la coutume, la tradition, la religion, le patriotisme, le nationalisme, qui malheureusement sont trop souvent sources de clivage (Sacré / Profane) dans des récits du « Nous » contre « Eux » et donc dans l’absurde et l’arbitraire envers les autres « EUX » (Profanes), ce qui sont différents à la fois dans la communauté et à l’extérieur de la communauté. Rester ancré dans ses traditions et dans ses coutumes sans comprendre qu’il convient à un moment de s’en émanciper pour les reléguer au rang de « Folklore », possède le risque d’un clivage dans des représentations identitaires.
Nous pouvons rajouter à l’envie d’autres dualités fondamentales :
- Verticalité / Horizontalité ;
- Tristesse / Joie (dualité abordée par Baruch Spinoza, notion de « Puissance d’agir » de l’Être) ;
- Etc.,
C’est donc ici que l’on comprend précisément les conséquences dans la construction de soi des deux voies :
1) La Voie de l’extériorité
La voie de la confortable servitude et soumission qui est souvent celle de l’extériorité dans la rencontre entre l’esprit et le cœur de l’Être avec un Absolu comblant et rassurant, dans ce besoin impérieux, décrit par Simone WEIL, de Sécurité, d’Obéissance, de Hiérarchie, de Verticalité, qui mène trop souvent l’Être vers la tristesse, le conduisant à la pratique de « Passions tristes », empreint d’absurde et d’arbitraire que produisent ces mêmes verticalités patriarcales. L’exemple le plus marquant est probablement le statut de la femme que les verticalités patriarcales ont longtemps enfermé précisément dans la Sécurité, la Hiérarchie, l’Obéissance, la Verticalité, et donc la Tristesse en jugulant les capacités, le potentiel de penser et d’agir du « Deuxième sexe » (lire Simone de Beauvoir – Le Deuxième sexe – 1949) : « On ne nait pas femme, on le devient, par un formatage sociétal […]. Le statut de la femme est une construction entièrement sociale imposée aux femmes dès leur enfance à travers une éducation qui les positionne au second plan en les rendant sujet, objet et dépendante des hommes […]. Ce schéma est perpétué par les femmes plus âgées au comportement ambiguës qui se reconnaissent à la fois, dans un besoin nécessaire d’émancipation de la femme du patriarcat dominant, mais sont rattrapés par le formatage imposé depuis l’enfance, dans une obligation archétypale, celle de préserver des valeurs traditionnelles ou religieuses figées dans un immobilisme sociétal, qu'elles devraient au contraire chercher à combattre afin de créer la véritable Égalité des sexes.[…] Sous couvert de protection nécessaire de la femme évoquée dans certaines traditions, la femme reste et demeure une nécessité bénéfique à l’homme, dans une liberté contrôlée (Sécurité) et une posture de subordination (Obéissance), dans laquelle le patriarcat doit la maintenir par tradition sociétale ou religieuse. […] Les amitiés féminines sont un espace de liberté important dans lequel, il se constitue un contre-univers, où les femmes se réfugient et se lient dans une complicité immanente. Elles sont entre elles, libres, naturelles et sincères, en revenant dans le monde et avec leurs époux elles sont de nouveau en représentation et font semblant de s’accepter (Tristesse) comme sujet, objet, utile, nécessaire et dépendant ».
C’était en 1949, aujourd’hui, malgré les évolutions sociétales, tout reste à conquérir en particulier face aux masculinistes libertariens et face aux sociétés traditionnelles.
2) La Voie de l’intériorité
La voie de l’émancipation et du développement personnel, est celle de l’intériorité. Les autres besoins de l’âme, décrit par Simone WEIL, dans une nécessité impérieuse de compréhension du monde et des autres vérités. La voie de l’intériorité est donc probablement la plus profonde, car elle constitue cette rencontre entre l’esprit et le cœur de l’Être humain avec un « Germe d’éveil », que tout Être humain détient à l’intérieur de lui. C’est dans la recherche de ce « Germe d’éveil » que, j’accouche de qui je suis vraiment, je mets au monde ma vraie personnalité, mon vrai "MOI", émancipé des formatages de mon disque dur cérébral que je comprends par la découverte de la réalité profonde de mon Être, je mets alors de côté, le petit garçon ou la petite fille que je suis, l’adolescent(e) que je suis, le veil homme ou la vieille femme que je suis, par lesquels mon disque dur cérébral a été formaté depuis la tendre enfance, l'adolescence et l'âge adulte, dans une confortable servitude et soumission. Il s’agit bien ici de faire l’expérience : du « Risque », de la « Liberté », de « l’Égalité », de la « Diversité », de la « Biodiversité » celle de la Nature et donc de « l’Horizontalité » par la connaissance, la découverte d’autres vérités et de la compréhension du monde réel tel qu’il est. Et c’est précisément cette nouvelle expérience, qui remet au centre, mon « Moi », mon génie humain, mon potentiel, ma capacité de Penser et d’Agir, qui me projette véritablement, dans la Joie et le goût des « Passions joyeuses ».
Expérimenter la voie de l’intériorité, c’est précisément prendre le « Risque », la « Liberté », dans la recherche de « l’Égalité », de la « Diversité », de la « Biodiversité », d’autres « Vérités », et donc de « l’horizontalité », dans un besoin de l’âme de s’émanciper des verticalités patriarcales, des vieux systèmes de pensée, des vieilles habitudes, des veilles coutumes et des vieilles traditions sociétales et religieuses, que je relègue progressivement par cette expérience, plus j’avance dans la voie de l’intériorité, au rang de « Folklore » pour que ces verticalités ne régentent plus et n’ordonnancent plus ma vie par des lois patriarcales, empreintes de fausses certitudes et de fausses vérités absolues, absurdes et arbitraires. Mais sans pour autant les oublier complètement car elles font partie de mon ADN, de mon « Moi » émancipé par l’esprit critique, penser par moi-même vers la renaissance de mon « Moi » nouveau. La voie de l’intériorité permet donc de reléguer au rang de « Folklore » mes anciennes certitudes, coutumes, traditions et lois patriarcales, sans pour autant les oublier et faire table rase du passé car elles font partie de mon « Moi ». Mais pour autant je possède désormais la force intérieure de les comprendre et de m’en émanciper, pour m'ancrer profondément dans l’Esprit critique, Penser et Agir par moi-même, en toute liberté, avec discernement, dans l’horizontalité.
Dans la voie de l’intériorité vous accédez ainsi à une force intérieure comblante et rassurante sans avoir besoin d’un Absolu. Vous comprenez alors très vite :
- Que vous êtes dans « l’Être » et non plus dans « l’Avoir ». Car « L'Avoir » c'est être possédé par ce que l'on possède avec la peur de tout perdre, alors que le fait d'être ne se perd jamais ;
- Que deux chênes ne peuvent croitre et s’épanouir dans l’ombre l’un de l’autre dans des relations d’emprise et d’impunité patriarcales ou autres,
- Que la Beauté de la vie est en définitive, comme une guitare dont les cordes doivent être absolument libres l’une de l’autre pour jouer la même harmonie,
- Que les piliers du temple du monde réel se dressent toujours ensembles mais séparément, pour soutenir le fronton du temple avec la même force, le même courage et le même effort, pour que le temple du monde réel ne s’effondre pas.
- Vous comprenez alors que pour jouer la même harmonie et soutenir ensemble le temple du monde réel, il conviendra absolument de s’ancrer dans la Connaissance de soi et du monde, dans l’Éthique (la responsabilité), dans l’Esthétique (la bienveillance, l‘attention et l’amour), dans la Présence de son Être au monde et à la Nature et enfin, il s’agit du plus difficile, l’Acceptation de ce qui est, c’est-à-dire, le monde réel tel qu’il est, dans sa beauté, sa diversité et sa biodiversité.
La voie de l’intériorité permet donc de comprendre en définitive, que la « Foi » en un Absolu comblant et rassurant (cet ami imaginaire inventé par les verticalités patriarcales) ne constitue en réalité que ce qui est précisément, le « Germe d’éveil » immanent que chaque Être humain possède à l’intérieur de lui-même et qu'il découvre et comprend dans la voie de l'intériorité. Ce « Germe d'éveil », permet à l’Être de se positionner tout naturellement, et en faisant de son mieux, dans les 5 piliers de la Sagesse (Frédéric LENOIR – Albin MICHEL - 2025) qui sont également les 5 piliers de l’Humanisme. Ce long cheminement intérieur mène progressivement à la résonance de l’Âme du monde et de l’Amour universel à l’intérieur de soi.
Vous disposez alors de la force intérieure nécessaire, pour enfin découvrir, comprendre et mettre des mots sur cette question fondamentale qui reste souvent sans réponse pour de nombreuses personnes :
« Au sein d’une même population, d’un même pays, d’une même culture, certains Êtres se laissent séduire et embarquer par les courants et les vagues de l'extase du populisme, de l'extrémisme, du fanatisme religieux, des idéologies, des dogmes, des doctrines, souvent portées par les verticalités patriarcales politiques et religieuses, dans une confortable servitude ou soumission, alors que d'autres Êtres ne se laissent ni séduire, ni embarquer et parviennent envers et contre tout, à conserver une sérénité, une liberté, un discernement par leur Esprit critique, penser par soi-même que rien ni personne ne pourra jamais leur enlever. À quoi tient cet aiguillage, cette orientation des Êtres sur des chemins différents ? Qu’avons-nous raté dans l’Éducation de nos enfants ? ».
Conclusion
Et bien, ce que nous avons probablement raté, c’est précisément l’Éducation religieuse, dogmatique, doctrinale, patriotique, identitaire, etc, qui ont formaté le disque dur cérébral de nos enfants que l’on a donc enfermé de fait, dans des bouteilles en verre, empreintes de certitudes, de vérités absolues et de verticalités patriarcales dans ce besoin de nos âmes collectives de Sécurité, de Hiérarchie, d’Obéissance, de Verticalité, et donc de Tristesse, dans une confortable servitude comblante et rassurante. Au détriment précisément, du « Risque », de la « Liberté », de la recherche de « l’Egalité », de la « Diversité », de la « Biodiversité », des autres « Vérités », et donc de « l’horizontalité », dans un besoin de l’âme de s’émanciper des verticalités patriarcales et des vieux systèmes de pensée.
Il ne faut donc pas s’étonner qu’à un moment donné de leur vie, nos enfants aient la copieuse envie de briser la bouteille de verre dans laquelle ils sont enfermés, et dans lequel la société les maintient, sans esprit critique et penser par eux-mêmes qui produits en particulier, délinquance, marginaux, adultes-adolescents, écorchés vifs de la vie, etc. Et en se demandant pourquoi ils sont empreints de tristesse et de "Passions tristes" (écrans, jeux vidéos, réseaux sociaux, psychotropes et autres « Protoxyde d'azote », etc.), projetés dans une posture existentielle, encore plus fragiles, encore plus vulnérables, empreints de ressentiment, de peur et de haine, ils se laissent donc séduire, embarquer, ou soutiennent très activement en bon « Mangeurs de vents » (Cyrulnik) ou en bon « endormis » (Héraclite), les gourous politiques, religieux, identitaires, patriotiques, souverainistes, etc., dans la construction de projets mortifères empreints d’absurde, d’arbitraire, de « Banalités du Mal » (Hannah ARENDT) lorsque devenus des fonctionnaires zélés d’un système, ils appliquent aveuglément et en bon petit soldat, les lois et les procédures absurdes, arbitraires et mortifères, sans savoir Penser par eux-mêmes, laissant des individus, les autres « EUX » (profanes) ceux qui sont différents, des familles et à une plus grande échelle des sociétés humaines entières dans le désarroi le plus total, emprisonnés dans des espaces d’emprise et d’impunité mortifères.
« La Plénitude de l’amour du prochain, c’est simplement d’être capable de lui demander : "Quel est ton tourment ?". C’est savoir que le malheureux existe, non pas comme unité dans une collection, non pas comme exemplaire de la catégorie sociale étiqueté "Malheureux", mais en tant qu’homme exactement semblable à nous et aux autres, qui a été un jour frappé d’une marque inimitable par le malheur. Pour cela, il est suffisant mais indispensable de savoir poser sur lui un certain regard. Ce regard est d’abord un regard attentif et présent, ou l’âme se lie, vide de tout contenu propre, pour recevoir en elle-même l’Être qu’elle regarde tel qu’il est, dans toute sa vérité. Seul en est capable celui qui est capable d’attention et de présence ». (Simone WEIL).
Le « Mahabharata », cette magnifique épopée sanskrite de la mythologie hindoue, que Georges DUMEZIL compare peu ou prou à l’Odyssée, nous dit en particulier :
« Le Havre de Paix principal ne se trouve pas sur la Terre, ni dans le ciel, ni dans l'espace aérien, ni dans l'océan. Ce n'est ni dans les étoiles, ni dans l'éclair. Sa forme ne peut pas être vue dans les nuages. On ne peut le voir ni dans le vent, ni parmi les dieux, ni dans la lune, ni dans le soleil. On ne peut pas le trouver dans les hymnes, les paroles sacrificielles, les incantations ou les chants. Ce n'est ni dans les mélodies, ni dans les grands vœux et louanges. C'est au-delà des ténèbres. C'est plus subtil que le plus subtil et plus grand que les montagnes. C'est la Fondation inébranlable de l’Être, la voie de l’intériorité profonde, dans un combat entre la volonté du Bien et la volonté du Mal. ».
Mais rappelez-vous, la vérité ne se possède pas, elle se recherche et elle se partage. La pratique de la philosophie depuis la Grèce antique, les Lumières, et les philosophes humanistes contemporains, permet seulement d’en déceler par l’intuition, l’expérience, l’expérimentation, la découverte, et la compréhension de la marche du monde tel qu’il est.
Bien à vous, je vous souhaite une très belle journée.